Préhistoire
Le territoire de St Pons de Mauchiens fut habité dès les temps les plus reculés. Des fouilles en cours depuis plusieurs années sur le site de Roquemengarde ont montré des traces d’habitat à la fin du néolithique, vers le troisième millénaire avant Jesus Christ. D’autre part au cours des travaux de défoncement, il a été trouvé de nombreux vestiges de poterie de l’époque Gallo-Romaine qui indiquent la présence de l’homme à cette époque.
Moyen âge
Mais le premier document écrit où il est question de notre village est une charte datée de 808, par laquelle Louis le Débonnaire, fils de l’empéreur Charlemagne, fait donation à l’Abbaye de Gellone de de « l’Église de St Pargoire et des villages de Miliac, Campagnan et Milician ». Miliac serait le village de St Pargoire, et Milician celui de St Pons de Mauchiens, appelé ainsi sans doute à cause du château fort.
Ce château, dont il ne reste plus aujourd’hui que quelques pans de murs, jouissait d’une grande importance. Construit sur le point culminant, il était défendu par une grande tour et plusieurs autres petites placées de distance en distance. À une vingtaine de mètres de ce centre de défense s’élevaient de hauts et forts remparts qui le mettaient à l’abri des surprises de l’ennemi. Un chemin de ronde percé de meurtrières courait tout le long des remparts. Deux portes donnaient accès à la place forte: une au nord, le Portalet, dont la partie haute a malheureusement été détruite vers 1948; la deuxième au sud, le Portail de la place, encore bien conservé avec ses machicoulis.
Autour de ces remparts, il y avait de profonds fossés qui ont été comblés et sur l’emplacement desquels ont été construites les maisons qui forment le tour du village et aménagée la place.
La chapelle du château, origine de l’église actuelle, fut placée, comme lui, au point culminant. Elle était primitivement dédiée à la Sainte Vierge. Son histoire reflète l’histoire du village.
Car, éprouvant le besoin de se mettre sous la protection des seigneurs, les habitants des campagnes environnantes s’étaient regroupés autour du château et dans l’enceinte des remparts. Les habitants d’un petit village quise trouvait un peu plus bas, près de la rivière, St Julien de Brandaleu, vinrent aussi se joindre à eux, et cela nous est rapporté par ce que la tradition dit être l’histoire de Notre Dame du Bosquet (statuette de 37cm en albâtre, qui représente la Vierge-Mère couronnée tenant l’enfant Jesus sur son bras droit et qui se trouve actuellement dans la chapelle de la Sainte Vierge. D’après cette tradition:
La statuette se trouvait autrefois dans l’église de St Julien où elle était vénérée. Grande fut la surprise des habitants de ce village de constater un jour sa disparition. On se mit à sa recherche, et retrouva la vierge dans un bosquet attenant au château de St Pons. Tout joyeux les paroissiens de St Julien emportèrent leur trésor dans leur église dont les portes furent soigneusement fermées. Le lendemain, la statuette n’était plus là; elle fut encore retrouvé sur la colline. À plusieurs reprises ces choses se renouvellèrent. On cria au miracle, et on donna à la statue le nom de notre Dame du Bosquet. La Vierge resta à l’église de St Pons, et les habitants de St Julien, fervents dévots de leur céleste mère, ne voulant pas se séparer d’elle, abandonnèrent leurs demeures pour s’établir dans les remparts du château.
Ce fut donc lors de l’agrandissement de l’ancienne chapelle, quand les habitants disséminés dans la campagne environnante vinrent s’installer derrière ses murs et sous la protection de son château fort, qu’elle devint insuffisante, qu’elle fut agrandie et dédiée à St Pons de Cimiez. Elle fut consacrée par l’archevêque de Narbonne, Armengaud, avant 990.
L’édifice, qui dans son ensemble porte les caractéristiques du style roman, a subi de nombreuses modifications. Son sanctuaire en cul de four, en est incontestablement la partie la plus ancienne. La nef a été refaite lors de l’agrandissement, et alors, les arcs doubleaux ont abandonné la forme du plein ceintre pour prendre la forme ogivale. Un nouvel agrandissement a du avoir lieu plus tard: il a consisté en la construction, du côté du midi, d’une seule nef latérale en style gothique. À cette époque on a du, en évidant le mur, transporter au fond la belle porte romane qu’on y voit aujourd’hui. Cette porte fut alors aveuglée et l’est restée jusqu’au milieu du XIXème siècle.)
En 977, le vicomte de Béziers Raynal II est propriétaire des lieux, le château s’appelle « St Pons » et le village « Mauchiens ». L’ancien nom de « Milician » se déforme en « Mauchiens », engendrant une vieille légende:
.À une époque très reculée, le seigneur du château avait des chiens énormes qu’il lâchait la nuit dans l’enceinte des remparts. Un soir, ledit seigneur rentra fort tard; la nuit était sombre; les chiens faisaient bonne garde. Si bonne, qu’à peine le maître eut-il franchi le seuil de la porte, que ces terribles animaux se jettèrent sur lui avec des hurlements hostiles et le dévorèrent. Avant d’expirer, le malheureux seigneur, tout couvert de sang, la figure, la poitrine et le cou mis en lambeaux par les dents de ce dogues furieux, s’était écrié « malos canes » (mauvais chiens).
Certains racontent l’origine de la dénomination du village de la manière suivante:
Sur les hauteurs qui avoisinent le château
et le hameau se trouvaient des bois de pin, abre résineux. Il arrivait
parfois que des branches pourries laissaient échapper pendant la nuit
des lueurs posphorescentes. Ces lueurs effrayantes donnèrent lieu à
l’idée superstitieuse que ces hauteurs étaient habitées par des
sorcières, et on appelait ce village:
le pays des « mascos ».
Raynal II transmit ses droit sur St Pons à son fils Guillaume, et celui-ci à son fils Pierre-Raymond. C’est la fille de ce dernier, Armengarde, qui, en 1068, fit construire sur les rives de l’Hérault le moulin de Roquemengarde. Son fils, Bernard Haton, en 1101, avant de partir pour la 1ère Croisade (dite de Pierre l’Hermite) donna tous ces droits à Guillaume, premier abbé de St Guilhem. St Pons et son château furent mêmem un moment fief de Raymond Béranger, comte de Barcelone, avant de revenir chez les Guilhem. En 1121, Guilhem d’Aumelas est seigneur de St Pons, et il épouse Tiburge, fille du comte d’Orange. En 1156, son fils Raymond d’Orange hérite du château de St Pons.
Le village avait donc des liens avec les seigneurs d’Aumelas, et il ne faut pas s’étonner si de nos jours les vins de nos vignes sont inclus dans les productions des « vins de pays de la Vicomté d’Aumelas ». Retenons aussi les liens avec la famille d’Orange, lointaine aïeule des familles régnantes encore de nos jours en Hollande et en Angleterre.
Les seigneurs de St Pons pour s’attacher leurs amis et elurs vassaux donnèrent à certains la permission de construire sur leurs terres des châteaux et des remparts. Dès 1199, Guilhem VIII avait donné Pierre de Roquefix « la colline et le plan qui sont devant l’Élise Sainte Marie, avec permission de construire des tours et tourelles ». C’est là l’origine de ce qui encore de nos jours est appelé « la Cour ». C’était une place intérieure. Deux portes en faisaient un endroit très retiré (les vestiges de ces portes ont été détruites à la fin du dix-neuviàme siècle). Un escalier donnait accès au tour de ronde; on en voit les traces sur la façade dite « des Consuls » qui formait une des parties de ces constructions. Il est regrettable que certain bâtiments aient été démolis, car, si on en juge par la partie restante maintenant classée « monument historique » et restaurée par les soins de M. Schmidt, cet ensemble devait être la partie riche du village où résidaient les consuls et les principales familles.
jusqu’au dix-huitième siècle
La famille de Roquefix fut remplacée par celle de La Jugie, puis par celle de Calvisson, qui resta à St Pons jusqu’en 1725 et possédait également les domaines de Lavagnac et de Montmau. À ce moment, la seigneurie de St Pons passe à la famille de Polastron, puis aux Mirmans, seigneurs d’Adissan, et au prince de Conti, qui la revendit en 1791 à M de Faventine. La fille de ce dernier épousa le vicomte Daudé d’Alzon dont la fille épousa le comte de Puységur.
administration
Malgré cette tutelle seigneuriale, St Pons était une communeauté organisée régulièrement. On en trouve des traces dès 1333. Les consuls étaient au nombre de trois, élus pour un an. Sur l'ordre de consuls réunissaient le 1er novembre à l’hôtel de ville. Chaque consul présentait les noms de ceux de ses concitoyens qui lui paraissaient les plus méritants. L’assemblée délibérait et faisait choix de trois noms à sa convenance. Dès leur élection, les nouveaux consuls prêtaient serment de « bien faire les devoirs de leur charge et de garder fidélité à Dieu et au Roi ».
Leur rôle était de faire l’inventaire et l’adjudication des travaux de la commune. Ils réglaient les dépenses, payaient après expertise les réparations et avaient le droit de contracter des emprunts. Le 8 novembre ils mettaient en adjudication les divers emplois: sonnerie des cloches, soin de la lampe de l’église, blanchissage du linge de l’église. Ils fixaient le prix de la viande, et donnaient à ferme le four communal. Celui-ci était mis à la disposition des habitants le vendredi et le samedi de chaque semaine, plus le mardi pendant la belle saison. Les familles devaient fournir le bois nécessaire, une semaine chacune à tour de rôle.
Comme un conseil municipal de nos jours, les consuls avaient divers employés: le valet de ville, chargé de faire les criées et chef de police; les gardes terriers; le greffier consulaire (ancêtre de nos secrétaires de mairie); les bassiniers, chargés de quêtes; et deux collecteurs d’impôts controlés par les vérificateurs nommés par l’assemblée Générale.
Les consuls avaient même le souci de la santé publique: ils versaient une pension au médecin de Montagnac pour’il servisse gratuitement les malades de St Pons. Il existait un hôpital financé par les contributions volontaires et les legs des habitants, et géré par quatre procureurs des pauvres. En 1699, on vit l’Évèque d’Agde interdire l’église de St Pons pendant un an parce que les habitants avaient négligé de payer leur dû à l’hôpital.
La Révolution
St Pons disposait d’une école avec un régent et une régente choisis par les consuls et approuvés par l’Évèque d’Agde. Mais la constitution de l’an III supprima les écoles de village pour créer des écoles cantonales. Les enfants durent chaque jour se rendre à Montagnac, ce qui entrainait un très fort absentéisme. C’était cette même constitution de l’an III qui supprima l’indépendance des communes au profit du canton. Il n’y avait plus de consuls ni de maire à St Pons, mais des représentants au conseil cantonal. Pendant quelques années le nom de St Pons fut changé en celui de « Mont Ventôse », un peu comme de nos jours la « rue de la Chapelle » et la « rue de Notre Dame du Bosquet » sont devenues la « rue de la Garenne » et la « rue du Pic ».
La période révolutionnaire a été marquée comme partout par la confiscation des bien religieux ou nobles. Ce fut le case en particulier pour la maison de la famille d’Astannières, qui avait émigré, d’où le nom qui est resté à ce bâtiment de « maison des émigrants ».
Il y eut bien quelques exactions: le citoyen Fournier qui fit monter ses bêtes à l’Église et les fit boire dans le bénitier; et ces énergumènes qui, sous sa direction, brisèrent le maître-autel en marbre de l’église et mutilèrent la statue de Notre Dame du Bosquet. Vers 1796 aussi le château de M de Faventine fut saccagé et en grande partie démolie par des éléments étrangers au village.
St Pons participait aux fêtes révolutionnaires: nous avons trouvé une délibération du Conseil général de la commune qui organise en 1790 la célébration du 14 juillet, fête de la liberté:
—délégation du conseil à la fête de Béziers
—défense de s’occuper d’œuvres serviles depuis 8 heures
du matin jusqu’au lendemain
—carillon de cloches et décharges d’artillerie
—prestation du serment civique, militaire et fédératif
—messe avec sonnerie de cloches
—obligation à tous de porter la cocarde patriotique et le ruban aux
trois couleurs de la Nation
—danse de la roumanisque par la jeunesse.
Cette dernière était une danse particulière à la localité qui était très divertissante. Les uns prétendent qu’elle avait été conçue pour fêter le retour des chevaliers qui revenaient de la croisade: d’autres disent que c’était pour célébrer le retour des pélerins qui revenaient de Rome, et qu’on appelait « lous Roumious ». Cette danse n’a plus été dansée depuis 1809 et n’a laissé aucune trace.
Jusqu’à nos jours
St Pons était longtemps été réputé pour son taux de pratique religieux élevé et son attachement à la fois chrétienne, qui se traduisaient par de nombreuses fêtes religieuses avec processions dans les rues du village, auxquelles participaient la quasi-totalité de la population. Cette foi se manifestait également par l’érection de monuments religieux: Croix de Mission, et surtout, petit sanctuaire de Notre Dame d’Espérance.
Après la loi de la séparation de l’Église et l’État en 1905, la population essaya d’empêcher l’application des Inventaires. Parmi les évènements survenus, un procès fait à une dame coupable d’avoir agressé un commissaire et un gendarme avec son chapelet! On voit encore les traces de ces évènements sur les plaques dans la rue de la Garenne qui indiquent les emplacements d’une ancienne chapelle et de l’ancien hôpital. Lorsqu’en 1907 le maire de St Pons, après avoir fait longtemps la sourde oreille, reçut du Préfet l’ordre impératif d’enlever le crucifix de la salle de classe, il le fit à contrecœur, et cet emblème religieux fut placé solennellement dans la salle de réunion du Conseil Municipal.
Les armoiries du village reflètent son histoire. Elles se lisent comme suit:
Le blazon d’azur aux sept coupeaux d’or surmontés
du clocher de même, au canton seneste, de gueules, à la Vierge
du Bosquet, d’argent;
le tout surmonté de la couronne murale et soutenu par deux chiens
d’argent lampassés, de gueules.
La devise: supra firmam petram—bâti sur le roc.
Les sept coupeaux représentent les sept « pioches » ou collines qui entourent le village et dont la population est venue autrefois se mettre sous la protection de l’église et du château. La Vierge du Bosquet exprime la dévotion des habitants, et bien entendu, les chiens sont une allusion au nom du village. Quant à la devise supra firmam petram, nous n’avons qu’à voir les rochers qui servent de fondation au château et à l’église, le beau roc qui explique dès le début l’existence même du village.
Depuis longtemps, le village a reçu des étrangers. Des espagnols, des Marocains, des Belges, des Scandinaves, des ressortissants de l’Europe de l’Est, des Suisses, des Britanniques, même des Parisiens.
Dans les années 80, il y avait une population d’environ 350. Après la guerre, peut-être 800 ou 900, sans compter les chevaux. Aujourd’hui, on compte plus que 500 dans la commune. Le plan est de ne pas dépasser 800 environ.